"Quel est le rôle des médias dans notre société ?"

 

 café philo à la médiathèque de Maraussan

le samedi 14 mai 2016 à 17H45 

Le sujet :  « Quel est le rôle des médias dans notre société ? »

 

Présentation du sujet

 

« Quel est le rôle des médias dans notre société ? »

   La démocratie est un régime optimiste et exigeant qui, pour être en bonne santé, doit miser sur la capacité d’information et       d’éducation de chacun de ses membres, puisqu’elle fait le pari d’être l’expression du peuple... Ce défi est-il toujours relevé ?    Tel  est l’enjeu considérable de la place des médias dans notre société. Une place si importante que certains parlent de   « quatrième  pouvoir », à côté des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire. Sans compter bien entendu le pouvoir économique dont les  relations « incestueuses » avec les médias sont souvent dénoncées.... Que penser au juste de  l’indépendance des médias ? La  critique de ces derniers est souvent virulente, accusés de manipulations éthiquement condamnables et de partis pris mensongers... Mais ne sont-ils pas plutôt le reflet de nos propres manières de penser ? S’il est vrai que « l’arène médiatique » (Sloterdijk) a de plus en plus tendance à tenir lieu de sphère publique où sont débattus l’essentiel des questions de nos démocraties, que devons-nous penser d’elle ? Une forme de tyrannie de l’opinion et de l’émotion semblant peser sur ses débats n’est-elle pas de nature à empêcher la pensée ? 

                                                                                            Daniel Mercier, le 02/05/2016

 

Ecrit philo

 

Le rôle des médias dans la société contemporaine

Une des difficultés est de ne pas être trop aveuglé par une proximité trop grande qui ne nous ferait voir que les détails aux dépens d’une vue plus générale. La diversité et l’hétérogénéité des orientations suivies par les très nombreux médias existants ne doivent pas nous empêcher de penser de façon englobante leur rôle social dominant.

Il ne s’agit pas non plus de dresser une cartographie des médias et de leurs tendances et difficultés actuelles. Nous n’en avons ni les compétences, ni peut-être l’intérêt... Ce n’est pas à une analyse détaillée des médias que nous entendons nous livrer... mais simplement à la question de mieux comprendre leur sens et la place qu’ils tiennent dans la société contemporaine.

Nous ne retiendrons des médias que leur fonction essentielle : la fonction d’information (nous laisserons de côté la fonction de divertissement ainsi que les médias spécialisés du type photographie, cheval, chasse, numérique, santé...etc.)

Marcel Gauchet est un des rares philosophes (à ma connaissance) à nous proposer une analyse philosophique de la fonction médiatique dans la société d’aujourd’hui : nous essaierons donc de présenter sa réflexion. Mais au préalable, un certain nombre de critiques ou d’interrogations concernant les médias sont immanquablement évoquées : nous les aborderons donc pour éviter qu’elles viennent en quelque sorte « polluer » la discussion sur leur rôle.

La question de l’indépendance des médias

Cette-ci est invariablement mise en cause, et mérite donc un rapide examen : cette notion d’indépendance est elle-même complexe et soulève immédiatement une deuxième question : indépendants de quoi ? Nous pouvons identifier deux grandes sources de dépendance, et une troisième qui selon nous n’en ai pas vraiment une, l’appartenance idéologique. Tout d’abord L’Etat : nous connaissons bien les tentatives bien connues des Etats totalitaires, ou  simplement « autoritaires », pour encadrer et museler la presse. La France a connu pareil régime il n’y a pas si longtemps quand une seule chaîne télé publique (l’ORTF) était sous étroite surveillance et même parfois pilotée par l’Etat gaulliste.... La question de l’inféodation au pouvoir d’Etat ne semble plus être la préoccupation principale aujourd’hui dans la plupart des démocraties évoluées. Même si dans beaucoup de pays encore la fonction d’information est davantage une fonction de propagande au service du pouvoir.  

L’indépendance des médias peut être mise en cause par les investissements opérés par de grand groupes  industriels ou financiers : en France par exemple, nous pouvons citer les Bouygues et TF1, Dassault et le Figaro, Boloré et Canal+ , Patrick Drahi pour BFM-TV, RMC, Libération, L’Express…), Xavier Niel (actionnaire à titre individuel du Monde)... Le magnat australien de la presse Murdoch (Le Times, Fox News, The Sun) était réputé entretenir d’excellentes relations avec Bush et Blair, et les journaux qu’il détenait être moins critiques vis-à-vis d’eux que la plupart des autres...

Ce n’est pas tant ici l’objectivité de l’information qui serait la référence (véritable « bouteille à l’encre » de tous ceux qui réfléchissent sur les médias), que l’influence des puissances d’argent sur l’orientation politique des médias. Un organe d’information dont la vie dépend de telles ressources peut-il encore se penser indépendant ? Par ailleurs, ces investissements favorisent la concentration des médias entre les mains de groupes liés à des empires industriels, à des fonds de pension et au secteur bancaire dont le principal objectif est de répondre aux attentes des actionnaires (recherche de la plus grande audience possible), ce qui peut compromettre gravement la qualité et la diversité de l’information. En même temps, les investissements nécessaires pour créer un journal, une radio d’information, ou une chaîne télé ayant vocation à être un média de masse,  sont incontournables aujourd’hui, et soumettent les médias aux lois du marché de n’importe quelle autre entreprise... Cette méfiance devant ce contrôle des médias par quelques grands groupes (c’est très marquant aux USA) alimente beaucoup le propos de ceux, de plus en plus nombreux, qui préconisent d’utiliser les « milliards » de sources Internet, garantissant en quelque sorte le pluralisme des sources d’information. Nous savons néanmoins à quel point la qualité et le sérieux de ce type d’information est variable sur le Net, et dépend précisément de la qualité professionnelle de ses sources...

Il faut signaler au sujet de cette grande question de l’indépendance des médias la Loi sur l’indépendance et le pluralisme des médias de mars 2016[1]. Cette loi, aussitôt surnommée loi « anti-Boloré » suite à son intervention à Canal + pour interdire la diffusion de Spécial Investigation sur le Crédit Mutuel, ne prévoit rien pour limiter la concentration des médias aux mains de quelques grands groupes, mais en revanche garantit assez précisément l’indépendance du journaliste :  « Tout journaliste a le droit de refuser toute pression, de refuser de signer un article, une émission, partie d’émission ou une contribution dont la forme ou le contenu auraient été modifiés à son insu ou contre sa volonté. Il ne peut être contraint à accepter un acte contraire à son intime conviction professionnelle. » . Les sociétés de médias devront élaborer une charte déontologique protégeant l’intime conviction professionnelle des journalistes. Un comité d’indépendance doit être obligatoirement créé par les médias audiovisuels, qui pourra s’en remettre au CSA en cas d’éventuelles interférences des acteurs économiques sur la ligne éditoriale du média. Le CSA doit en effet s’assurer « que les intérêts économiques des actionnaires des éditeurs de services de communication audiovisuelle et de leurs annonceurs ne portent aucune atteinte à ces principes. »

La notion « d’intime conviction professionnelle » peut certes prêter à discussion mais a le mérite de recentrer la question sur l’indépendance du journaliste (et non sur l’objectivité supposée de l’information...). 

Enfin le dernier facteur important est bien sûr la proximité idéologique de certains médias avec des orientations politiques (ce qui n’implique pas nécessairement une dépendance vis-à-vis des partis), ce qui influence leur ligne éditoriale et leurs prises de positions. Entre le Figaro et Libération, il y a cette différence d’éclairage idéologique, qui par ailleurs ne remet pas en cause la qualité et le sérieux intrinsèque de tel ou tel article de part et d’autre.

Les médias, les opinions et les idéologies

Les médias sont les vecteurs privilégiés de la transmission de l’idéologie, mais les idéologies ne sont pas le propre des médias ; le fait qu’ils soient par ailleurs très dépendants de leur audience – d’où aussi le goût pour le sensationnel et le « buzz » - en font des récepteurs naturels des croyances, préjugés et visions du monde spontanés partagés par ses lecteurs potentiels. En décalage avec l’image traditionnelle de « faiseurs d’opinions » (ce qui supposerait cette dimension de la manipulation souvent présente dans nos représentations sur la presse notamment), les médias apparaissent davantage comme des « reflets » de l’opinion... La référence à l’idéologie doit ici englober non seulement les idéologies politiques mais aussi en un sens plus étendu les représentations ou habitus mentaux à partir desquels nous appréhendons le monde. Lorsqu’un journal français parle de l’actualité, il ne va pas le faire de la même façon qu’un journal américain... L’orientation donnée est toujours subjective, et la dimension nationale et identitaire (par exemple) pèse massivement sur ces représentations dont nous venons de parler. Le propre de l’idéologie est précisément – son efficace réside dans la force de cette illusion – de se faire passer pour un point de vue « objectif » et « neutre », alors qu’elle ne fait que communiquer des valeurs et des visions du monde partagées par un grand nombre de personnes. Mon interrogation à son sujet ne porte pas généralement sur elle quand c’est la mienne et que je la partage, « victime » en quelque sorte de ce genre de « trompe-l’œil », mais quand elle est l’idéologie des autres : elle peut devenir alors l’objet d’une méfiance explicite et systématique, à l’inverse de la première. Ainsi, comme le dit Ricoeur[2], l’idéologie est toujours celle de l’autre, jamais la sienne...     Confiance angélique ou méfiance systématique par rapport aux médias participent du même aveuglement ou de la même absence de discernement. Souvent ces deux attitudes sont complémentaires : confiance aveugle quand l’info abonde dans le sens souhaité, méfiance à priori quand c’est l’inverse. Méfiance systématique vis-à-vis du Figaro quand il y a confiance à priori pour Libération, et vice et versa... Nous pouvons avaler tout rond sans aucun « masticage » critique ce qui va dans le sens de notre pensée, et rejeter systématiquement ce qui va à son encontre... En réalité, peut-être que l’impact de l’information, et aussi pourquoi pas celui de la publicité, est celui que nous choisissons de lui prêtons... Dans cette optique, les médias ne changeraient pas tant nos idées qu’ils contribueraient à les nourrir, toute la question étant de savoir s’ils nourrissent également une réflexion de fond sur la société qui est la nôtre...

Avant d’aborder de façon systémique la fonction sociale des médias telle quelle est analysée par MG, arrêtons-nous un instant sur un premier constat, celui d’une « société de l’arène » (concept emprunté à Sloterdijk) qui peut caractériser aujourd’hui la façon dont les médias de masse organise le spectacle de la vie sociale et politique. Cette tendance des médias a tenir lieu de « jeux du cirque » à la manière de la Rome antique est lourde de conséquences...

L'arène médiatique et la société du spectacle 

Si nous empruntons ce concept de « société du spectacle » qui a fait la réputation de Debord dans les années 60, nous pourrions dire que le pouvoir se met de plus en plus en spectacle dans une société marquée par les sondages d’opinion. Ces derniers rythment sans arrêt la vie politique sur les médias, et les acteurs politiques semblent en quelque sorte condamnés à « jouer » dans l’arène médiatique[3] leur meilleur rôle pour pouvoir durer et être de nouveau élus ; nouveaux acteurs de cette scène de théâtre de la vie politique, où les citoyens jouent le rôle d’un public qui est spectateur. Sans réduire les médias à ce rôle de représentation (ici au sens théâtral), car il est par ailleurs indéniable qu’ils ont historiquement fait progresser sensiblement l’information des citoyens, la dimension « scopique » et « affectuelle » de cette démocratie d’opinions est très importante. Sans cesse « sous les feux de la rampe », devant une opinion publique de plus en plus omniprésente, qui fait et défait les majorités, les personnels politiques ne sont-ils pas condamnés à privilégier l’image et le court terme ? Le « court terme » des élections, opposé au long terme de projets politiques d’envergure… « Il est difficile de concilier les contraintes électoralistes de la démocratie avec l’innovation créatrice et la continuité des grand desseins » (Edgar Morin, « Une politique de civilisation »).

Des médiations de communication qui prennent le pas sur les médiations d’éducation ?

La démocratie est un régime optimiste et exigeant qui, pour être en bonne santé, doit miser sur la capacité d’information et d’éducation de chacun de ses membres, puisqu’elle fait le pari d’être l’expression du peuple... Ce défi est-il toujours relevé ? Yves Michaud insiste sur le conflit de plus en plus fort aujourd’hui entre les médiations d’éducation et les médiations de communication, qui n’utilisent absolument pas le même logiciel : d’un côté, communication immédiate et horizontale, utilisation d’un savoir externalisé dans la boîte de l’ordinateur que l’on utilise en self-service selon les besoins, et goût pour sa  spectacularisation ; le besoin de publicité, le désir de divertissement, et le goût pour la polémique sont les marqueurs d’une telle tendance. Du côté de l’éducation, une communication hiérarchisée, lente, coûteuse ; appel à la mémoire comme moyen et comme hommage, dans le cadre d’un rapport vivant à son passé. Comme on peut le constater, c’est une mutation culturelle profonde que nous sommes peut-être en train de vivre...  Quoiqu’il en soit, cette forme de « participation émotionnelle » devant le petit écran peut-elle donner lieu à une véritable réflexion citoyenne ? Ne favorise-t-elle pas au contraire une communication au service de l’image, mais aussi de l’art de la persuasion et de la réthorique où la forme prime sur le fond, plutôt qu’au service du logos[4] ? L’éthique de la discussion, fondamental en démocratie si l’on souhaite contribuer « à faire la lumière », est trop souvent malmenée au profit de la tyrannie de l’opinion et des émotions. Il n’y aura pas de régénérescence de l’esprit démocratique sans la réactivation de cette éthique du débat véritable[5]. Radicalisant le propos, un « antimoderne » comme Claude Milner habitué à découper au scalpel l’idéologie des Lumières et ses illusions, insiste sur la parodie du pouvoir et de la politique qui caractérise selon lui « le fantasme de la démocratie ». Une version pessimiste et totalement désenchantée de la démocratie comme scène de théâtre sur laquelle les politiques sont des comédiens qui feignent d’avoir prise sur le cours des choses. Mais en réalité, ils n’en savent pas plus que le public ; ils miment la prise de décision. A défaut de pouvoir réellement produire du nouveau dans le monde, la politique devient divertissement et nous maintient dans l’illusion d’une efficacité collective possible. Cette vision certes très pessimiste et sans doute dans l’excès, qui dénonce l’illusion du pouvoir et le ravale à un vulgaire « show-bizz », est malheureusement rendue crédible par la crise de la démocratie que nous traversons. Elle doit nous mettre en garde contre une telle perversion de la politique …

Une forme de confiscation de l'espace public ?

S’il est vrai que la sphère publique a tendance à se confondre aujourd’hui avec la sphère médiatique, comme semble l’affirmer quelqu’un comme MG, comment alors peut s’organiser un véritable débat où, dans le cadre des libertés démocratiques, « les citoyens se réunissent pour débattre de la chose publique et peser sur elle... » ? (Hannah Arendt). Pour cette philosophe, cet exercice de la confrontation et de la délibération dans le peuple est capital : « C’est seulement à partir d’une totalité de points de vue qu’une seule et même chose peut apparaître dans toute sa réalité… Plus il y a de points de vues dans un peuple, à partir desquels il est possible de considérer le monde que tous habitent également, plus la nation sera grande et ouverte. ».

Par l’acte et le verbe, nous sommes avec les autres (ou contre eux), et nous transformons la pluralité en communauté. Il n’y a pas de liberté véritable sans effectuation de sa liberté privée (« intérieure ») dans le monde commun, c’est-à-dire sans action politique. Une telle conception horizontale de la politique, chère à Hannah Arendt[6], va la conduire à dénoncer les « partis-machines », leur gigantisme, leur caractère bureaucratique, leur fonctionnement autoréférentiel  (en vase clos, indépendamment des éléments nouveaux de la réalité) et leur professionnalisation, qui privatise en quelque sorte le débat politique, et engendre les phénomènes de corruption que l’on connaît. Nous serions ainsi condamnés à des formules de compromis entre la domination de ces « partis-machines » et un populisme thaumaturgique alternatif, avec ses « impudiques représentants du bonheur »[7]. Mais nous ne pouvons pas souscrire à un tel discours sans que la sphère médiatique y soit aussi, aujourd’hui, étroitement associée : si la communication horizontale et interactive entre acteurs dans la sphère publique est fondamentale, ne peut-on pas dire qu’aujourd’hui cette parole et cette action partagée entre citoyens sont d’autant plus confisquées que la médiatisation contemporaine relaie activement cette confiscation ? Avec la sphère médiatique, nous sommes proches du degré zéro de ce que l’on peut appeler la symétrie communicationnelle. « On se laisse parler par la non-parole du petit écran »[8]  On entre en relation en passant par l’acceptation et l’intériorisation d’un code qui rend conforme et qui chloroforme, faisant ainsi abdiquer la critique (au sens philosophique de ce terme, c’est-à-dire au sens de l’examen). Ce n’est pas tant la question d’opinions imposées  au peuple dont il est question ici... C’est au contraire, comme on l’a dit, la tyrannie de l’opinion publique qui prévaut, et celle-ci participe bien entendu de la « vox populi ». Mais de l’administration de points de vue qui ne sont jamais l’occasion de mastications et de véritables discussions par l’ensemble des gens intéressés. Un prêt-à-porter d’idées certes dominantes pour la plupart mais qui ne sont jamais objet à débats véritables, sinon dans « l’entre-soi » des détenteurs d’une forme de savoir positif spécialisé dont la réflexivité est faible[9].   Si le système médiatique est un puissant facteur de socialisation, comme l’affirme MG, il est en outre et pour les mêmes raisons un tout aussi puissant facteur de conformisme.  Pour Arendt, il faut lutter contre cette anesthésie et cette forme de communication - renforcée aujourd’hui à travers la communication audio-visuelle – qui accélère la destruction de la politique. A travers la politique comme métier, et le monopole de la communication à sens unique, les citoyens disparaissent. Car ils sont privés d’une espace public désormais privatisé par les propriétaires de la politique, et la démocratie devient « virtuelle ». Les sondages peuvent remplacer le vote… Ces derniers offrent en miroir des photographies figées de l’opinion, mais sont en quelque sorte « vidés » de l’argumentation réciproque et symétrique par laquelle chaque individu élabore activement son propre vote. On comprend parfaitement alors pourquoi Arendt soutient de manière aussi inconditionnelle des formules comme le conseillisme. En même temps, peut-être que nous avons là  l’aveu d’une limite à ce radicalisme de la critique : les expériences de conseillisme n’ont guère été autre chose que des feux de paille… Il est très difficile – et sans doute dangereux – de penser la démocratie sans l’existence de Partis forts, capables de proposer des choix politiques structurant la vie sociale et démocratique de nos sociétés, même s’il s’avère aujourd’hui que ces programmes sont des « miroirs aux alouettes » (ce n’est pas une fatalité). En revanche, une telle critique ne doit-elle pas nous orienter vers la nécessité d’activer et d’inventer des modalités de communication directe pour que la politique redevienne (l’a-t-elle jamais été ?) la sphère des libertés symétriques entre citoyens[10] ?

Internet et la question d'une espace de délibération publique

Internet peut sans doute être, dans cette perspective, un outil précieux à cause de son caractère interactif et de la multitude de ses sources... De là à penser, comme certains partisans des nouvelles technologies de l’information, que le Net serait la véritable alternative à une telle privation d’expression du côté des médias traditionnels, il ya un pas que nous ne franchirons pas... Il est parfaitement vrai qu’une multitude de points de vue  émanant de la « base » s’exprime sur le Net... Que la puissance de l’outil a montré à quel point la circulation de l’information était efficace[11], puisque quiconque peut utiliser un tel réseau selon les besoins (Internet est de ce point de vue très démocratique). Mais l’espace public ne disparaît-il pas au profit d’une addition indéfinie d’expressions individuelles ou communautaires (au sens large) ? N’est-ce pas là encore l’expression symptomatique d’une difficulté consubstantielle à la société des individus ? A savoir une incapacité à faire se rejoindre les intérêts privés, des opinions personnelles, et le sens du public c’est-à-dire du commun ? De ce point de vue la toile Internet en tant que telle (indépendamment des services importants qu’elle peut rendre) ne peut pas prétendre se substituer à une sphère publique sensée être dévolue à la délibération collective. C’est en effet la réactivation de celle-ci qui permettra de lutter efficacement contre la tendance oligarchique de la démocratie représentative et sa confiscation par les Partis. C’est dans cette perspective sociale d’ensemble que peut éventuellement se refonder une nouvelle orientation des médias ; même si probablement  le moins mauvais des systèmes politiques est la démocratie représentative[12], voter périodiquement pour élire des représentants ne peut suffire à l’exercice d’un véritable autogouvernement par le peuple. C’est la délibération (et non le vote) qui constitue le véritable temps fort de la démocratie : celui de la discussion, de la consultation et de la persuasion qui précède le vote ; autrement dit « les débats préalables, la modification des points de vues pour satisfaire les opinions des minorités… »[13], en bref le moment délibératif préalable au vote, mais qui peut l’anticiper longtemps à l’avance. Se contenter d’une démocratie faible où les citoyens devraient se résoudre à ne plus gouverner, en se disant que c’est toujours mieux que la tyrannie ou le totalitarisme, est très dangereux pour la démocratie elle-même, car une telle attitude risque de nous laisser le choix entre des oligarchies coupées du peuple, et des  populistes/bonimenteurs sans scrupules... La revitalisation de la démocratie par une participation active du peuple est incontournable car « même si le cordonnier compétent est meilleur juge pour savoir comment remédier au défaut » (l’image date du début du siècle…), c’est « celui qui porte la chaussure qui sait le mieux si elle blesse et où elle blesse. »[14].  Comment les médias pourraient mieux contribuer à l’animation d’une véritable délibération collective en vue de tracer les grandes orientations de l’avenir, c’est sans doute un des défis essentiels de notre société. Cela oblige à réfléchir aux moyens de réactiver l’apparition dans l’espace public de la parole et de l’action autonomes des citoyens[15].

Les médias sont solidaires de « romans » identitaires nécessaires à l’existence collective des groupes humains...

Nous avons déjà noté l’aspect intégratif et socialisateur du rôle des médias. Même si l’idéal poursuivi par l’univers médiatique dans son ensemble est, comme nous le verrons avec l’analyse de MG, une forme de reflet objectif et en tout cas le plus exhaustif possible de la réalité, il n’en va pas de même à l’échelle de chaque média particulier. Expliquons-nous : même si cet idéal ne peut jamais être réalisé dans l’absolu, si nous prenons l’ensemble des informations diffusées au jour le jour sur la planète tous médias confondus, et toutes sensibilités mêlées, il correspond bien à une tendance profonde (nous allons y revenir). Cependant, si nous nous intéressons à la singularité d’une situation (par exemple nationale), d’un type de médias, ou encore d’un public potentiellement visé, l’information obéit au contraire à un formatage contraignant et très sélectif : aucune information à ce titre ne peut être exhaustive, et propose une hiérarchie des donnés, sensée correspondre à un certain espace culturel et/ou géographique : les morts du 13 novembre en France, quant à la place qui leur seront accordés dans les médias français, seront bien sûr sans commune mesure avec celle faite aux centaines de victimes quotidiennes chaque jour dans le monde... Ne pas comprendre cette subjectivité de l’information ou la déplorer nous renverrait au monde (« nous sommes tous citoyens du monde, une vie égale une vie ») des Bisounours qui n’a quasiment aucun rapport avec le nôtre ! Ainsi le « récit » des informations nationales (par exemple au JT), son savant dosage entre les différentes catégories d’informations, équilibrant le fait divers, la vie politique quotidienne, le fait de société et/ou la grande question du moment qui est sensée retenir notre attention plus longtemps, et même devenir un feuilleton à épisode (celui par exemple de D. Strauss Kahn, ou de la viande hallal... etc.), l’évènement international, et la sortie du dernier spectacle, nous raconte une histoire très subjective, une sorte de « roman national » au quotidien, représentation plus ou moins romanesque de nous-mêmes à travers laquelle nous pouvons nous regarder...[16] Encore une fois, cela n’empêche nullement que l’ensemble intégré de ces différents médias puisse faire système pour nous livrer une image du présent la plus fidèle possible[17]...  Par ailleurs nous pouvons aussi risquer l’hypothèse que le JT représente un « genre médiatique » aujourd’hui entrain d’être dépassé au profit d’informations en temps réel et en continu, plus à même de faire défiler sans hiérarchie les nouvelles du monde, et utilisant de nouveaux canaux de communication...

Fonction médiatique : la médiatisation du présent (Marcel Gauchet)

La radicalisation de la modernité au milieu des années 70 se traduit en particulier par une rupture dans la continuité des temps entre le passé, le présent et le futur. Jusque là en effet  le sens du présent s’éclairait comme produit par le passé qui le précédait, et inscrit dans un avenir qu’il préparait. Le déploiement de la puissance du présent a fini par creuser le fossé avec le passé mais aussi avec l’avenir. Le paradoxe de ce dernier point étant que cette société entièrement vouée à l’invention de l’avenir conduit à effacer tout avenir représentable.

Ce moment de crise de l’avenir que nous traversons (le temps n’apparaît plus comme le vecteur historique de la construction d’un avenir identifiable) se traduit par une crise des principales figures du changement : la conservation (en l’occurrence le maintien autant que faire se peut de l’ordre politique traditionnel sous l’égide du passé), le progrès (c’est ici-maintenant dans le présent que se joue l’invention libérale de l’avenir) , la révolution (c’est l’à venir d’un monde plus juste qui doit guider le renversement de l’ordre social actuel). Le discours néolibéral semble fixer désormais  le cadre du croyable et du pensable. Une nouvelle « organisation des temps sociaux » se met en place, qui va nous intéresser particulièrement pour notre question des médias, car elle est constituée par un dispositif comportant trois volets complémentaires : « la patrimonialisation du passé », « la médiatisation du présent », et « l’économicisation de l’avenir ». L’ensemble de ces trois dimensions constitue une architecture cohérente, celle du présentisme. 

Qu’est-ce que la médiatisation du présent ? Marcel Gauchet s’attache à resituer la place de la sphère médiatique dans la société contemporaine, au-delà des polémiques et des enjeux passionnels autour de ce que disent les médias[19]. Il s’agit de comprendre la fonction des médias dans le mécanisme collectif. Quels que soient les reproches que l’on peut faire à ceux qui remplissent cette fonction, l’essentiel est de bien identifier celle-ci. Pour MG, l’appareil d’information que l’on connaît est inhérent à « la société historique », c’est-à-dire celle qui pose la priorité de l’activité autonome des acteurs et de leurs ressources dans l’auto-construction de l’avenir dans le temps  Cette société a besoin de s’interroger en permanence sur son propre devenir. Elle doit d’autant mieux rendre accessible l’histoire se faisant que la responsabilité de ses acteurs dans cette histoire  est devenu incontournable avec la Modernité. L’histoire en train de se faire est devenue une dimension essentielle de la conscience historique, et une société de l’information est devenue aussi indispensable qu’une société de l’éducation.  Les organes d’information sont devenus en premier lieu des passages obligés dans le cadre du mécanisme représentatif : une campagne électorale mobilise nécessairement une presse qui répercute programmes et débats idéologiques entre  partis politiques sur ce qui est proposé pour l’avenir de cette société. Mais plus profondément il y a un besoin collectif permanent de se faire une « idée de la marche des évènements ». La création d’une sphère médiatique publique comme rouage essentiel de la société, à travers la multiplication des canaux (écrit du journal, radio, audiovisuel, réseaux numériques...), en est la conséquence. Le passage de la « grapho-sphère » à la « vidéo-sphère » est parfois considéré comme un changement essentiel consacrant le rôle spécifique de l’image et l’évolution qualitative de son impact (Régis Debray et sa « médiologie » se propose d’analyser ce changement). Cependant ce changement n’affecte pas la dimension structurelle de cette fonction médiatique. L’image n’est que le vecteur d’un dispositif spéculaire de bien plus grande portée. Il faut comprendre l’expression « représentation du présent » dans son sens scopique[20], celui d’une image en miroir qui reflète le flux des évènements. Il permet à la société de se saisir en se donnant le spectacle d’elle-même : le flux incontrôlable du présent doit ainsi donner lieu systématiquement à son image immédiate, les médias étant cette entreprise spéculaire de totalisation du présent  qui permet un accès lui-même immédiat à ce qui est en train de se passer. Son efficacité est liée à cette possibilité de co-extensivité avec le devenir en cours.  De même que la patrimonialisation est le dispositif qui nous assure de la présence de la totalité du passé, de même la médiatisation nous garantit l’appréhension de la totalité du présent.  L’idéal suivi est de livrer une représentation exhaustive et immédiate de l’histoire en train de se faire : c’est « l’actualité ». Il s’agit d’une réflexivité fonctionnelle du devenir en cours qui se substitue à la réflexivité qui se voulait substantielle des anciennes philosophies de l’histoire, inséparable d’une projection vers le futur. « Ceux qui se sentaient le devoir de se plonger dans le Capital peuvent aujourd’hui se contenter de regarder la télévision ».  Ce nouveau savoir est rapatrié vers le seul présent au profit d’un devenir qui se rejoue à chaque instant. La sphère de l’actualité est devenue une sphère autosuffisante et autoréférentielle.

La médiatisation est selon MG un puissant facteur d’intégration aujourd’hui. Il enveloppe chacun dans un immense processus, quelles que soient ses convictions ou ses appartenances, et contribue à la socialisation de chacun. Avec la grande fragilité propre à ce mode de socialisation, la disparité quant à la capacité intellectuelle nécessaire pour accéder à une telle référence.

Une des conséquences de cette mise en représentation du présent, qui se veut en principe ouverte et la plus exhaustive possible, mais qui en réalité est nécessairement sélective et fermée (comment en serait-il autrement ?) : l’existence sociale passe par la représentation, et les effets symboliques d’invisibilité sont ravageurs (rien n’est pire aujourd’hui que d’être « invisibles »...).

Mais la plus déterminante est la transformation de ses acteurs « en spectateurs de l’histoire ». Le fait « d’en être » nous suffirait et nous dispenserait d’être davantage acteurs et mobilisés en dehors de nos intérêts immédiats. L’important n’est pas ce qu’on fait mais ce qu’on en voit. « Le spectacle se faisant a anesthésié la perspective d’une histoire à faire ». Cette fonction anesthésiante nous dissuade de la recherche d’une intelligibilité d’ensemble et d’une projection dans l’avenir. MG analysera dans une séance suivante ce qu’il entend par société de la connaissance à propos de notre société contemporaine, mais retenons simplement ceci ici : le savoir de cette société est certes réflexif au sens fonctionnel : savoir de soi en termes de savoirs positifs permettant de connaître ses propres règles de fonctionnement et d’agir sur elles pour les améliorer. Mais il n’est pas véritablement réflexif au sens où il ne permet pas de ressaisir la substance de ce qui se passe d’un point d’extériorité. Le savoir des médias est du même ordre : savoir certes, mais aussi forme de méconnaissance... De ce point de vue nous retrouvons dans la médiatisation du présent un trait commun avec la patrimonialisation du passé : celle-ci permet de rendre présent la totalité du passé, mais celui-ci, stocké dans les archives et les musées, ne nous parle plus. Nous n’entretenons plus avec lui un rapport vivant de sens. Dans l’idéal, rien ne manque dans le reflet proposé sans cesse par les médias à l’histoire en train de se faire, mais rien ne nous permet non plus de prendre la mesure, à partir d’une certaine extériorité, du sens historique ou de l’intelligibilité de ces évènements. De la même façon que le passé patrimonialisé est symboliquement mis à notre disposition sans que son contenu fasse question, nous sommes assurés symboliquement d’être présents à l’histoire en train de se faire au présent grâce à sa médiatisation, sans avoir à nous poser la question de son intelligibilité. Tout se passe comme si la société voulait rester ignorante d’elle-même.     

Nous pouvons compléter cette analyse par une description plus personnelle et phénoménologique de notre vécu de conscience : n’avons-nous pas un profond sentiment de désorientation devant ce déferlement de news en provenance du monde entier ? Le bandeau des chaînes télé (tels Itélé ou BFMtv) faisant défiler les infos 24H sur 24H en est un exemple significatif. Ce flux à jet continu provoque un effet d’accélération sans doute illusoire. Toujours est-il que nous sommes comme submergés par les informations et les images que nous ne parvenons pas à traiter cognitivement afin de les intégrer au service d’une meilleure compréhension du monde. Elles ne peuvent qu’être rapidement oubliées, une information chassant l’autre. Il ne faut pas oublier dans ce paysage médiatique le rôle de plus en plus important du Net qui offre pêle-mêle des informations sur tous les sujets sans la moindre hiérarchie, hormis celle qui préside à mon choix subjectif d’internaute et à ma priorité du moment. Des millions de sources différentes sur des millions (milliards ?) d’objets d’information différents. La puissance d’une telle banque de données n’a d’égal que l’univers chaotique qu’elle nous propose...

Nous sommes parfois tentés d’accepter la faiblesse de notre démocratie sous prétexte que c’est toujours mieux que le totalitarisme. Mais si l’on en croit Arendt,  le déficit d’esprit public au profit d’intérêts privés, et la soustraction du pouvoir partagé des individus, constituent le terreau même du totalitarisme... Comment les médias peuvent-ils contribuer non seulement à refléter « le monde comme il va », mais aussi à réactiver dans l’espace public la parole et l’action des citoyens en vue d’une « grande politique » qui réussirait à éviter le choix entre d’un côté une politique qui se contente de gérer l’existant, et de l’autre ces « grandes alternatives » radicales qui n’ont pas tiré les leçons de l’échec des religions séculières ? La constitution d’une espace médiatique comme espace public est sans doute intimement liée, comme le pense Marcel Gauchet, à l’évolution de la « société de l’histoire » dans ces derniers développements, mais comment faire en sorte qu’elle soit davantage au service du commun, et contribue à revitaliser la démocratie en développant une participation plus large à la vie politique ? Si tous les moments de consultation, de discussion, de délibération, de construction de compromis, qui précède le vote, sont les moments décisifs de la démocratie, les médias pourraient-ils être l’outil privilégié ou le support d’un tel fonctionnement, emblématique d’une démocratie « forte » qui ne se résout pas à ne plus gouverner ?

                                                                                                                               Daniel Mercier, le 06/05/2016



[1] http://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2016/01/26/une-proposition-de-loi-pour-renforcer-l-independance-des-medias_4854063_3236.html#I40jotdPzK02FiME.99

 

 

[2] « Idéologie et Utopie »

[3] Sloterdijk parle à ce sujet d’une mutation rampante de la « res publica » à une « société de l’arène » : « la société totalitaire des médias tend à tirer toute chose à l’intérieur de l’arène… « (« Ni mort, ni soleil ») 

[4] La réthorique en démocratie peut être considérer comme un véritable « pharmakon », à la fois poison et remède... Elle est à la fois un instrument inhérent à son fonctionnement, et la source  de toutes les dérives...

[5] Et non des empoignades spectaculaires de contradicteurs, dont la métaphore du « match » rend bien compte.

[6] Il ne faut jamais oublié, quand on lit Hannah Arendt, que sa pensée s’élabore au sortir du totalitarisme, qu’elle a elle-même subi dans sa chair...

[7] Tout rapprochement avec des faits connus est purement fortuit...

[8] Paolo Florès d’Arcais, in « La politique, l’existence et la liberté », livre consacré à la philosophie politique de Hannah Arendt.

[9] MG explique que la société de la connaissance, par le type de savoirs positifs spécialisés qu’elle produit, notamment dans les sciences économiques, politiques et juridiques, est en réalité une société de la méconnaissance qui s’ignore elle-même, car elle s’interdit toute réflexivité véritable sur ses conditions d’apparition, sa nature profonde, et les limites indépassables qui sont les siennes. .

[10] Réinventer la démocratie comme « communauté de dissidents » ? Pour Hannah Arendt le souci et la défense de la démocratie exige l’engagement systématique en faveur d’institutions qui garantissent l’hérésie, le « non conforme », maintiennent les dissensions, exaltent la conscience critique individuelle : presse, associations, syndicats, universités…

 

 

[11] Par exemple pendant les « révolutions » arabes...

[12] Car nous ne souhaiterons jamais laisser en friche nos prérogatives personnelles, nos intérêts privés, nos choix existentiels intimes au profit d’une participation massive et collective au pouvoir. Sans compter bien sûr l’extrême complexité, sinon l’impossibilité, que représenterait une telle démocratie directe ou autogestionnaire.  

[13] Cf. le philosophe américain John Dewey, in « Le public et ses problèmes »

[14] John Dewey

[15] Pierre Rosanvallon, dans son dernier livre « Le bon gouvernement », montre que seules de nouvelles formes de consultations, de délibération sur les grands sujets, permettant de redonner au peuple le contrôle du pouvoir,  seraient capable de réinsuffler l’esprit démocratique dans nos sociétés.

[16] Peut-être s’agit-il à ce titre d’une version moderne du mythe ?

[17] Même si, malgré l’idéal d’ouverture proclamé, l’information sera sélective par nécessité (le contraire est impossible)

[18] Séminaire 2014/2015 sur la radicalisation de la Modernité et la crise de la démocratie (séance 11)

[19] Il était par exemple de bon ton dans certains milieux intellectuels de dénoncer le « caractère de classe » des médias... On constate au contraire à quel point aujourd’hui ils choisissent fréquemment de mettre sous les projecteurs ceux qui affectionnent une posture de rébellion et de radicalité par rapport au système social et politique (c’est très « vendeur » aujourd’hui).

[20] Chez Freud, la pulsion scopique correspond au plaisir de regarder, souvent associé à de la curiosité. Avec Lacan, cette pulsion met en scène la dialectique entre "regarder" et "être regardé", en particulier lors du développement de la phase du miroir (Lacan).