ACTUALITES, ACTUALITES, ACTUALITES, ACTUALITES.....

 

Comme vous pouvez le constater dans l'étiquette "programme annuel 2021", la prochaine séance est prévue le samedi 11 septembre 2021 à 17h45 à l'Office de Tourisme La Domitienne - la Maison du Malpas

Le sujet sera : "Regards philosophiques sur la pandémie : quels changements de perception (du monde) ? Quels enseignements ?"

 
 

 Présentation du sujet à venir.

 
 
 
 
 
 
 
 

« Peu importe le flacon pourvu qu’on est l’ivresse ». Une dépression toxique…

Daniel Mercier, à Maureilhan le 30/04/2021

 

Garder la tête froide en ces temps de pandémie est une chose bien difficile : en cette période inédite et chargée d’incertitudes, difficiles à vivre pour les humains que nous sommes, nous sommes tentés de reconduire des jugements certes très négatifs sur les politiques mise en œuvre, mais ayant pour nous l’immense avantage de focaliser notre ressentiment sur des responsables bien identifiés, et ainsi de colmater notre inquiétude. Or nous avons au contraire surtout besoinde rester vigilants et mobilisés face à toutes les présumées horreurs dont on nous abreuve, censées nous raconter les mauvaises intentions de ceux qui nous gouvernent : ceux-là non seulement s’avèreraient bien sûr incompétents pour la gestion d’une telle crise, mais surtout profiteraient du malheur dans lequel nous sommes pour fomenter les projets les plus funestes concernant notre démocratie. Alors que nous sentons bien que l’évènement inédit que représente cette pandémie réclame de renouveler notre réflexion si nous voulons vraiment parvenir à penser ce qui nous arrive, nous sommes assiégés par la pensée du « monde d’avant » - n’hésitons pas à détourner la facilité d’une telle expression -, c’est-à-dire de schémas de pensée anciens qui recyclent indéfiniment le nouveau à l’aune de vieilles habitudes idéologiques. Nous pensons ici par exemple à l’éternel plaidoyer en faveur des libertés individuelles ou collectives qui seraient bien sûr menacées…

Incompétence et diabolisme, telles seraient les deux mamelles du pouvoir ! En ce qui concerne le diabolisme, les termes ne manquent pas pourcaractériser les funestes projets de celui-ci : développer et entretenir la peur des populations pour mieux pouvoir asseoir son emprise, ouvrir la porte à la dictature de la science contre le politique, obsession du fichage et du traçageet préparation d’un monde cybersécurisé, utilisation de la peur des « clusters » pour interdire tout rassemblement… Tout cela concourant à instaurer durablement un régime d’exception ou un état d’urgence sanitaire (au choix), vœu secret mais non moins déterminé de tout pouvoir faussement démocratique d’une élite qui veut à tout prix tenir le peuple à l’écart de l’exercice des affaires publiques. Le discours était le même quand il s’est agi de lutter contre le terrorisme : justifier des dispositifs de plus en plus répressifs menaçant les libertés des citoyens sous prétexte de défendre leur sécurité. Nous devons avoir l’honnêteté de reconnaître que la récurrence de telles accusations finissent pas rencontrer le délire systématique de certaines idées conspirationnistes que nous avons déjà eu l’occasion d’analyser en détail. Pourtant, ne nous y trompons pas, elles sont portées par des intellectuels éminents : le petit inventaire précédent est un simple résumé de ce que la philosophe Barbara Stiegler(mais elle n’est pas la seule) n’a cessé de répéter sur les ondes et les réseaux sociaux…

Qui peut sincèrement soutenir que les gouvernements européens (le nôtre parmi d’autres) rêvent secrètement d’instaurer un régime autoritaire voire dictatorial, de restreindre nos libertés démocratiques ? Certes ces régimes ne sont pas plus que d’autres des partisans du « self-governement » privilégiant la participation du peuple à l’élaboration des lois, mais ils sont bel et bien des régimes libéraux où la liberté individuelle reste une valeur centrale ! N’hésitons pas à écarter ce genre de foutaises qui nous obstruent le chemin si nous voulons effectivement être prêts à nous confronter aux vrais défis de notre temps, dont la pandémie est un des révélateurs les plus puissants avec le changement climatique. Les questions posées en effet sont d’une évidence quasi biblique :

Comment allons-nous pouvoir sortir de l’urgence (par ailleurs nécessaire aujourd’hui) pour anticiper sur le long terme d’ « un monde d’après » capable de vivre avec la présence probable de tels virus ? Comment allons-nous organiser nos systèmes de santé pour faire face à de telles éventualités désormais ? Comment s’organiser pour retrouver une vie « normale » malgré l’action des virus ? Une meilleure connaissance virologique et épidémiologique devront bien sûr participer de cette transformation de l’ « ancien » monde…

Comment allons-nous lutter contre le dérèglement climatique en limitant l’émission de gaz à effet de serre et en préservant le mieux possible la biodiversité ? Changer notre modèle agricole sans aggraver le sort de nos petits agriculteurs (et même en l’améliorant) ? Consommer mieux de façon à préserver la planète ?

Œuvrer sur le plan géopolitique à un nouvel équilibre mondial plus pacifique, moins violent, et mieux régulé par les institutions internationales ?

Lutter résolument contre les inégalités sociales et retrouver le rôle plein et entier d’une République sociale, en suivant peut-être le chemin que Jo Biden, le « nouveau Roosevelt », semble nous indiquer…

Ces grandes questions devraient faire consensus dans le débat politique, et la délibération démocratique devrait pouvoir s’organiser sereinement autour d’elles dans un climat relativement apaisé et constructif… Ce que nous offrent nos hommes politiques est infiniment éloigné de cette perspective, et l’opinion publique reste ainsi polarisée sur des sentiments venimeux et ressentimentaux qui obstruent complètement la vue. Finalement, nous pouvons avoir l’impression que la défiance, la plainte et la colère sont peut-être l’essentiel, et non le contenu de cette défiance, de cette plainte ou de cette colère…. Peu importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse. Peu importe l’objet, pourvu que ces sentiments toxiques puissent s’exercer… Les objets varient, on a simplement besoin de bouc-émissaires :les élites politiques corrompues, bien sûr, mais aussi les pourfendeurs de libertés, les prétendus cadeaux faits aux pauvres ou aux immigrés, les profiteurs de l’allocation chômage ou de l’allocation familiale (tout particulièrement les étrangers) sous le regard complice de l’Etat, l’attitude dispendieuse de ce dernier pendant la Pandémie (« Trop de protection ! La France n’en a pas les moyens ! On ne va pas tarder à déchanter ! », tel était le propos d’une personne rencontrée hier) …etc. Les arguments peuvent même se retourner en leur contraire, peu importe, pourvu qu’ils nourrissent une dénonciation (les laxistes, les islamophobes, ceux qui veulent s’attaquer aux allocations chômage)… Si tel est vraiment le cas, la raison ne peut guère nous aider, et la discussion devient inutile : l’essentiel est ailleurs, et nous devons continuer à croire ce qui nous arrange… et alimenter notre fabrique à ressentiment.

 

Liberté et confinement. A propos d’un texte de Sylvain Tesson

Il est exact que le confinement est la plus forte restriction de liberté que personnellement j’ai connu dans ma vie, moi qui n’est jamais fait la guerre, et j’ai hâte, comme tout le monde, d’en sortir… Il s’agit là d’une évidence que personne ne peut nier. Mais la question que semble poser Sylvain Tesson (et beaucoup d’autres) à propos de l’exercice des libertés va beaucoup plus loin : le fait que nous acceptions de telles restrictions montrerait notre peu d’appétit pour la liberté ! Et le peu de réactions et de protestations effectives dans la rue est interprété comme une forme de démission ou au moins de mollesse qui trahirait un attachement désormais émoussé à nos chères libertés ! Et pourquoi pas, tant qu’on y est, rejoindre ceux qui dénoncent des  mesures liberticides et totalitaires, comme certains n’hésitent pas à le dire ? Et même qui vont jusqu’à penser parfois que la pandémie a été inventée pour permettre aux Etats d’instaurer l’état d’exception, nourrissant alors les pires conspirationnismes (les théories du complot de cette veine fleurissent littéralement sur les réseaux sociaux) ? De telles attitudes me paraissent déraisonnables et éthiquement pour le moins suspectes ; ces gesticulations sont tout simplement l’expression d’enfants gâtées de la démocratie, et traduisent une adhérence à son petit moi qui fait fi des devoirs élémentaires de solidarité consistant à s’unir pour sauver des vies. En réalité, nous devons au contraire nous réjouir, comme le dit Francis Wolff, de voir que, depuis mars, c’est la majeure partie de l’humanité qui a délibérément choisi de sauver le maximum de vies aux dépens du fonctionnement normal de l’économie, même si nous cherchons davantage, pendant cette deuxième vague, à suivre une ligne de crête entre santé et économie…

Certains dénoncent donc, en prétendant s’appuyer sur Michel Foucault, cette dimension « bio-politique » du pouvoir, son intrusion par rapport à nos vies privées et la gestion de nos corps et voient dans les mesures sanitaires l’expression d’un pouvoir  qui exerce de façon coercitive une surveillance, une discipline, des sanctions illégitimes sur notre liberté d’aller et venir. Mais que dirait-on s’il ne le faisait pas ? Comment pouvons-nous dénier à une communauté le devoir, dans de telles situations d’urgence, de vouloir contenir coûte que coûte les méfaits de la pandémie ? Plutôt que de retenir seulement la dimension négative d’une telle restriction des libertés individuelles, ne pourrions-nous pas aussi louer la liberté qui nous conduit à consentir à de tels sacrifices ? Car en vérité, la véritable liberté n’est pas « de faire ce que l’on veut » (formule très réductrice), n’est pas seulement de « pouvoir faire » ceci ou cela, mais d’être capable de faire intentionnellement des choix responsables selon les fins que l’on poursuit, et à partir de « raisons » plus ou moins raisonnables. Cette capacité humaine est la condition même de la possibilité d’actions morales, et n’est pas nécessairement incompatible avec l’existence de contraintes. Si nous revenons au traitement social de la pandémie, pourquoi alors comprendre l’obéissance aux règles sanitaires comme la simple défaillance de ceux qui accepteraient trop facilement la privation de liberté qui en est la conséquence ? L’obéissance n’est pas la soumission, et ne doit pas être interprétée comme un déni de liberté ! Ne peut-on pas au contraire mettre l’accent sur le contrat social implicite qui est derrière, où il s’agit de consentir activement (et non négativement) et collectivement –chacun nouant un contrat avec tous les autres – à se protéger et à protéger les autres : échanger une partie de nos libertés individuelles contre une sécurité plus grande face au virus. Certes une société ne peut vivre à long terme autour du simple principe de conservation de la vie… Mais cependant la conservation de la vie est un vecteur essentiel du politique ! Un tel contrat moral et social ne peut qu’être pensé collectivement et non à l’échelle d’un même individu, ce qui explique peut-être la difficulté de certains à le comprendre… Peut-être aussi que ce qui est décrit là ressemble trop à une démocratie idéale dans laquelle le « sens du public » est unanimement partagé, et que malheureusement nous avons un peu de mal à nous y retrouver…

En vérité, nous ne pouvons pas penser la liberté indépendamment d’autrui, sauf à l’altérer mortellement. En ce sens, être solidaire avec les autres en restreignant mes mouvements peut être perçu comme un acte de liberté et de responsabilité. Comment en effet penser la liberté sans la responsabilité qui va avec ? Sartre appelle cette liberté qui prétend ne pas être affectée par celle des autres la liberté du « salaud ». C’est celui qui affirme sans tenir compte de la situation : « je suis ce que je suis. Je suis ainsi, et peu importe la situation». C’est celui qui n’assume pas les contraintes de la situation, et qui agit dans une forme d’isolement illusoire. Et si pour terminer nous envisageons la liberté non seulement dans sa dimension politique et collective, mais aussi comme indissociable de notre condition d’humain (c’est-à-dire sur un plan que les philosophes appellent « ontologique », c’est-à-dire celui de « l’être »), nous pourrions dire avec Sartre que « nous sommes condamnés à être libres », c’est-à-dire que nous n’avons pas le choix, nous ne sommes pas libres d’être libres, mais toujours « condamnés » à faire des choix et se mettre en projet, quelles que soient les contraintes qui nous enserrent. C’est en ce sens qu’il a pu dire : « Nous n’avons jamais été aussi libres que pendant l’Occupation ». Si nous transposons cette réalité à la façon dont nous nous positionnons les uns et les autres par rapport à la présence du virus et des mesures de confinement, nous ne pouvons que constater l’infinie variété des conduites et des vécus de chacun que vos témoignages exemplifient (je fais ici référence aux nombreux témoignages relatés par la journaliste, qui montrent comment chacun s’approprie personnellement cette situation de confinement) et qui expriment s’il en était besoin, comment la liberté de chacun invente littéralement sa propre réponse dans une situation en partie commune et contraignante pour tous d’une manière ou d’une autre. Car même si beaucoup de choses ne dépendent pas de nous et nous sont imposées par les circonstances, nous avons toujours un pouvoir personnel sur ce qui nous entoure (même quand il est restreint), et surtout sur les perceptions ou les représentations que nous nous forgeons concernant cet environnement. Selon les stoïciens, la vraie liberté résidait dans cette disposition et cette volonté intérieure, et repose sur cette distinction entre ce qui dépend de nous et ce qui n’en dépend pas.    

 

 

Bashing en règle sur le philosophe Finkielkraut et le caricaturiste Gorce… Vigilance de tous les instants face à la corruption du débat public sur les réseaux sociaux !

Ceux qui sont convaincus d’être dans « le politiquement correct » n’ont souvent plus de limites dans leur opprobre et leur rejet… Deux polémiques aujourd’hui doivent nous faire réfléchir, parmi beaucoup d’autres, tant elles illustrent parfaitement cette tyrannie sans partage de la pensée officielle qui, malgré bien sûr les vertueuses intentions affichées, relèvent des mêmes mécanismes que « la manipulation des esprits » sévissant dans les sociétés totalitaires. Le premier « incident » concerne Finkielkraut sur la chaîne LCI : alors que ce dernier fait part de son souci de prendre en compte, dans les affaires de viol et d’inceste, le consentement selon l’âge des mineurs, il est purement et simplement « renvoyé » de la chaîne, et son propos (l’objet du délit) passé à la trappe sur Internet. Deuxième « incident » : le dessinateur du Monde Xavier Gorce démissionne après que le Monde se soit excusé pour un dessin où le caricaturiste se demandait ironiquement si un abus sexuel d’un mineur par un parent non consanguin pouvait être qualifié d’inceste. La pression énorme exercée sur  les réseaux sociaux –et Twitter en particulier -, qui font monter en mayonnaise l’indignation, est telle que ces deux médias se sentent « obligés » de réagir et de faire acte de contrition. Nous n’aborderons pas la question de la pertinence ou non de ces interventions, sans doute maladroites et très discutables pour le moins. Ce n’est pas du tout  la question. La question est de savoir si, justement, nous pouvons les « discuter », si aujourd’hui, sur un certain nombre de sujets emblématiques de la bien-pensance obligatoire, nous pouvons encore exercer non seulement notre liberté d’expression, mais surtout notre pensée ! Pouvoir débattre, y compris contradictoirement, sans devoir nous mettre à genou devant les dikdats dominants, ou bien subir l’extrême violence d’un  « bashing » systématique sur les réseaux sociaux… Un philosophe contemporain (Günter Anders) parlait en son temps d’ « obsolescence de la pensée »…. De tels évènements ne lui donnent-il pas raison ? Cette « démocratie » -là ne risque-t-elle pas d’être mortelle pour la démocratie véritable ?